SOCIÉTÉ : Janvier refuse de s’effacer…

Alors que nous sommes dans le dernier virage de la fin du mois de janvier, entre dettes de quartier, marchés déserts et assiettes vides, les travailleurs traversent ce que beaucoup appellent le mois le plus long de l’année. Dans une capitale qui retient son souffle en attendant le dénouement financier, notre équipe a fait le tour de la capitale N’Djamena.


Dans les rues de la capitale, l’effervescence des fêtes de fin d’année 2025 semble déjà appartenir à une autre époque. Depuis que les derniers salaires ont été versés autour du 25 décembre, l’argent a coulé à flots pour les cadeaux, les repas et les réjouissances. Aujourd’hui, le réveil est douloureux. Pour les fonctionnaires et les employés du secteur privé, janvier ressemble à un marathon sans fin, couru les poches vides.

Au quartier, l’économie de survie repose désormais sur les épaules des boutiquiers. Mahamat, gérant d’une petite boutique de proximité au quartier Klémat, ouvre son registre d’un air grave. Les pages sont saturées de noms et de sommes gribouillées à la hâte.

Cette précarité touche même les cadres des organisations internationales. Éric, employé dans une ONG de la place, confie : ” j’ai dépensé tout mon salaire entre les deux fêtes de fin d’année, je suis à plat depuis le début janvier. J’ai trop de difficulté pour assurer mes déplacements pour mon travail”.
Pour Remadji, résidente de Chagoua et mère de quatre enfants, la situation à la maison est devenue critique. “On a beaucoup de difficultés à manger à notre faim en janvier parce que mon mari a dépensé tout son argent pendant les fêtes”, lâche-t-elle.

Au Grand marché de Ndjamena comme dans ceux des quartiers périphériques, le constat est le même. Les allées sont moins achalandées que d’habitude et les négociations tournent court. Aux parcs de bétail, même le commerce d’animaux semble en avoir fait les frais. Ousman, un vendeur de moutons au parc de bétail de Diguel, affirme : “depuis le début de ce mois de janvier, les clients se font rares”.

À quelques pas de là, Ali, commerçant au marché de Diguel, observe ses stocks qui ne bougent pas. “Les fonctionnaires ne viennent pas, ils n’ont pas d’argent pour dépenser”, explique-t-il. À Moursal, Rosalie, propriétaire d’un débit de boisson, fait face au même dilemme : ” les clients sont rares et ceux qui viennent n’ont pas d’argent. Ils achètent à crédit”.
Pour les conducteurs de motos-taxis, la crise est immédiate. À Paris Congo, Mathias, clandoman, scrute chaque passant. “Mes clients fidèles me demandent de leur assurer certaines courses à crédit”, raconte-t-il, désabusé. L’impossibilité pour des travailleurs comme Éric de payer leurs trajets quotidiens pèse lourdement sur l’activité des transporteurs.

Alors que les jours défilent avec une lenteur exaspérante même dans ce dernier virage de la fin du mois de janvier, tous les regards sont désormais tournés vers les téléphones, dans l’attente par exemple du SMS bancaire qui annoncera la fin de ce calvaire financier. Pour des milliers de foyers, la “bonne année” ne commencera réellement qu’avec le versement du premier salaire de 2026.

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