Une année après sa nomination à la tête de la Sous-préfecture de Moundou Rurale, Tchadmédia s’est entretenu avec Haki Rozzi Ali, Sous-Préfet de Moundou Rural dans le Département du Lac-Wey, Province du Logone Occidental.
Bonjour M. le Sous-préfet de Moundou Rural, Haki Rozzi Ali !
TCHADMEDIA : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
HAKI ROZZI ALI : Monsieur le journaliste, permettez-moi d’exprimer ma reconnaissance pour l’attention que Tchadmedia accorde à la sous-préfecture de Moundou Rural et pour l’insigne honneur de m’adresser aux lecteurs de votre estimable publication.
Je me nomme Haki Rozzi Ali, homme de droit par la formation, serviteur de la République par vocation. Avant que le destin ne m’appelât au service de l’État, j’ai voué mes jeunes années à l’art des lettres, passion qui me valut la distinction du Prix Josephe Brahim Seïd en l’an 2016, pour une nouvelle que j’eus l’audace de soumettre au jugement du public.
Cette double filiation – le droit qui forge la droiture du jugement, la littérature qui cultive la finesse du cœur – nourrit profondément la manière dont j’appréhends aujourd’hui la mission que la Providence et la République m’ont confiée.
Depuis novembre 2024, j’exerce la charge de Sous-Préfet de Moundou Rural, investiture solennellement confirmée par décret présidentiel en date du 2 juillet 2025. Je ne considère nullement cette fonction comme une prérogative honorifique ni comme un marchepied vers de plus hautes destinées. C’est un apostolat qui m’astreint quotidiennement à donner le meilleur de mon être au service des populations qui me furent confiées.
TM: Décrivez-nous votre sous-préfecture de Moundou Rural.
HAKI ROZZI: Moundou Rural forme une circonscription rurale de la province du Logone Occidental, sise dans le département du Lac-Wey. Elle embrasse trois cantons : Bédogo qui dénombre plus de soixante villages, Kaga qui en compte plus de vingt, et Koutou qui en réunit plus dix. Plus de cent communautés villageoises composent ainsi cette extraordinaire mosaïque humaine qu’il m’échoit d’administrer. Nous foulons une terre bénie des dieux, vouée à l’agriculture par excellence. Nos laboureurs arrachent à ce sol généreux le coton, le sésame, le maïs, le mil, le sorgho, l’arachide et maintes autres cultures nourricières. L’élevage y prospère également, dans une cohabitation généralement troublée entre cultivateurs et pasteurs. Mais la grande richesse de notre territoire ne se trouve point dans ses récoltes, si abondantes soient-elles. Elle se loge dans son humanité. Ici vivent en fraternelle entente toutes les ethnies et croyances religieuses. Cette diversité aurait pu engendrer les germes de la discorde. Elle est devenue, par la grâce d’une volonté commune de coexistence pacifique, notre trésor le plus inestimable.
TM : Depuis votre prise de fonction il y a un an, dressez-nous votre bilan : politique, économique, sanitaire et social.
HAKI ROZZI : Sur le plan de la gouvernance et de la sécurité publique, les faits parlent d’eux-mêmes avec une force que nulle rhétorique ne saurait embellir. Nous avons traversé l’année 2025 sans qu’un seul incident majeur ne vînt troubler la quiétude de nos populations. Pas un cultivateur n’a été assassiné dans son champ, pas une demeure n’a été livrée aux flammes, pas un berger n’a péri sous les coups, pas un troupeau n’a été dérobé, pas un brigand n’a semé la terreur sur nos chemins. Dans une province où parviennent à nos oreilles les échos de conflits dans certaines circonscriptions limitrophes, cette paix n’est nullement fortuite. Elle procède d’un labeur patient de médiation, de prévention et de présence insubmersible auprès des populations.
J’ai consacré le meilleur de mes forces à l’œuvre de réconciliation. Des différends qui empoisonnaient nos communautés depuis des lustres ont trouvé leur dénouement. J’ai été témoin d’embrassades entre dignitaires qui ne s’adressaient plus la parole depuis vingt années. Ces victoires remportées sur les passions humaines, sur l’orgueil et sur la rancune, demeurent à mes yeux les accomplissements les plus nobles de cette année.
Sur le plan économique, nos populations ont bénéficié d’une campagne agricole satisfaisante. Les moissons furent honorables, bien que la saison pluvieuse se soit achevée plus précocement qu’à l’accoutumée. Nous observons néanmoins une dépréciation des denrées agricoles qui afflige nos négociants tout en allégeant le fardeau des familles modestes. Cette situation contrastée nous remémore l’urgence absolue d’établir des mécanismes régulateurs garantissant simultanément une juste rétribution aux producteurs et un accès équitable aux consommateurs.
Sur le plan sanitaire, nos progrès demeurent modestes mais concrets. L’inauguration du forage d’eau potable à Tayé, œuvre méritoire de l’ONG Direct Aide Society, a apporté cette ressource vitale à une communauté qui en était cruellement privée. Nous persistons dans nos démarches auprès de nos partenaires pour le renforcement des infrastructures de santé dans nos zones les plus reculées, car l’accès aux soins élémentaires demeure un défi considérable.
Sur le plan social et éducatif, j’ai érigé l’instruction en priorité cardinale. Ma visite au collège de Bédogo en mars dernier a révélé des carences alarmantes : absence totale de bibliothèque, pénurie de manuels scolaires, conditions d’apprentissage indignes d’une nation qui aspire au progrès. J’ai contracté l’engagement solennel de mobiliser tous les concours possibles pour pallier ces manquements. Car comment prétendre édifier l’avenir si nous négligeons de cultiver la lucidité de notre jeunesse?
TM : Quels sont les difficultés et les avancées que vous constatez sur la sous-préfecture de Moundou Rural ?
HAKI ROZZI : LES DIFFICULTÉS
La première difficulté demeure l’insuffisance criante des moyens matériels. Notre sous-préfecture ne jouit d’aucune source substantielle de revenus propres, à la différence d’autres circonscriptions qui tirent profit de marchés hebdomadaires florissants. L’absence de véhicule de service circonscrit considérablement notre capacité d’intervention sur un territoire étendu.
La deuxième difficulté touche à l’état des infrastructures éducatives et sanitaires dans nos zones les plus isolées. Des écoles dépourvues de bibliothèques, des dispensaires trop distants, des routes impraticables durant la saison des pluies. Ces déficiences ne procèdent point d’une incurie, mais de contraintes budgétaires que je comprends. Néanmoins, elles pèsent lourdement sur l’existence quotidienne de nos administrés.
La troisième difficulté, plus insidieuse mais tout aussi prégnante, consiste à maintenir cette vigilance perpétuelle face aux discours de division. Car la haine ne sommeille jamais. Elle rôde incessamment, guettant la moindre faille pour s’insinuer. Il faut une attention de tous les instants pour désamorcer les rumeurs pernicieuses, pour apaiser les tensions naissantes, pour réaffirmer inlassablement que notre force se trouve dans notre unité.
L’avancée majeure demeure l’implantation de la brigade de gendarmerie à Bédogo, dont j’ai ardemment plaidé la nécessité auprès de ma hiérarchie. Plus de soixante villages bénéficient désormais d’une présence sécuritaire qui leur faisait cruellement défaut. Cette brigade ne saurait être un instrument de répression, mais une sorte de protection pour nos populations. Nous avons également obtenu des réconciliations remarquables entre autorités traditionnelles, réglé des litiges fonciers qui paraissaient insolubles, restauré le respect dû aux institutions. Ces avancées, pour n’être point matérielles, n’en forment pas moins les fondations sur lesquelles s’édifie tout développement pérenne.
Le défi principal pour l’année qui s’ouvre consiste à traduire cette paix consolidée en progrès concrets dans les sphères de l’éducation et de la santé. Nous devons obtenir les bibliothèques scolaires, les salles de classe, les centres de santé qui font encore cruellement défaut. Nous devons persévérer dans la mobilisation de tous les partenaires pour combler ces lacunes. Le second défi consiste à préserver cette harmonie que nous avons su établir entre des communautés diverses. Car la paix demeure fragile. Elle requiert d’être défendue quotidiennement avec une détermination insubmersible.
TM: Vous avez été titularisé à la police nationale pour vos services rendus à la Nation. Qu’est-ce que cette promotion représente pour vous ?
Cette titularisation dans la police nationale représente infiniment plus qu’une reconnaissance personnelle. Elle marque l’aboutissement d’un parcours professionnel empreint de service désintéressé de l’État. Elle symbolise également la confiance que mes supérieurs hiérarchiques placent en ma capacité à servir la République avec probité et efficience. Mais au-delà de ces considérations, cette titularisation me conforte dans ma mission. Elle me dote des moyens juridiques et statutaires pour servir avec plus d’efficacité encore les populations qui me sont confiées. Car un serviteur de l’État dont la situation est stabilisée ad vitam aeternam peut se consacrer entièrement à sa mission, sans être rongé par l’incertitude du lendemain. Je veux voir dans cette décision un signe que l’État reconnaît et récompense ceux qui le servent avec conscience, fût-ce loin des grandes cités, fût-ce dans la discrétion des circonscriptions rurales. Cette reconnaissance forme un encouragement à persévérer dans cette voie du service public que j’ai embrassée.
TM: Quel est votre dernier mot pour nos lecteurs ?
HAKI ROZZI : À vos lecteurs, je veux adresser ces mots : la paix n’est jamais définitivement acquise. Elle demande une conquête quotidienne qui exige la vigilance de tous. J’ai vu ailleurs ce qu’engendre la haine fratricide : des villages réduits en cendres, des familles décimées, des terres fertiles transformées en déserts. Comment des voisins qui partageaient le même puits en viennent-ils à s’entretuer? Parce qu’ils ont oublié leur commune humanité, parce qu’ils ont préféré prêter l’oreille aux sirènes de la division plutôt qu’à la voix de la raison.
Nous, à Moundou Rural, avons fait un choix différent. Nous avons choisi de célébrer notre diversité plutôt que de la redouter. Nous avons choisi le dialogue sur la violence, la réconciliation sur la vengeance, l’édification commune sur la destruction mutuelle.
Ce choix n’est point aisé. Il exige des renoncements, de la patience, de l’humilité. Mais c’est l’unique voie praticable vers un avenir digne d’être légué à nos descendants.
À Son Excellence Monsieur le Président de la République, je réitère mon engagement total à servir la vision qu’il porte pour notre nation : un Tchad réconcilié avec lui-même, un Tchad où la justice et la paix ne sont point de vaines abstractions mais des réalités vécues quotidiennement par chaque citoyen.
À mes collaborateurs, aux autorités traditionnelles, aux forces de sécurité, à toutes les populations de Moundou Rural, j’exprime ma profonde gratitude pour leur confiance et leur soutien constant. Sans eux, rien de ce que nous avons accompli n’aurait été concevable. Et à tous ceux qui servent l’État dans l’obscurité, dans les circonscriptions rurales, loin des honneurs et de la reconnaissance publique, je dis : persévérez. Votre service honore la République. Votre dévouement édifie la nation. Votre probité préserve l’espérance. L’histoire retiendra que c’est dans ces lieux modestes, par ces gestes quotidiens apparemment insignifiants, que se bâtit authentiquement l’avenir de notre patrie.
Je vous remercie de votre bienveillante attention.
