Après avoir fui les violences de la guerre au Soudan, des centaines de milliers de réfugiés espéraient trouver un refuge sûr au Tchad. Mais dans l’est du pays, ils font aujourd’hui face à une nouvelle épreuve : la faim, la malnutrition et le manque d’eau, aggravés par la baisse des financements humanitaires internationaux.
Dans un communiqué publié le 30 juillet, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur une situation qui se détériore rapidement. Selon l’organisation, depuis janvier 2026, les réductions de financement ont conduit le Programme alimentaire mondial (PAM) à diminuer de moitié les rations alimentaires distribuées aux réfugiés. Pour de nombreuses familles, il devient de plus en plus difficile de se nourrir correctement.
À Adré, les équipes de MSF ont dépisté 5 785 femmes enceintes et allaitantes entre janvier et juin 2026. Plus d’une femme sur cinq souffrait de malnutrition aiguë modérée ou sévère, un niveau supérieur au seuil d’urgence humanitaire. Pourtant, faute de moyens, aucun programme structuré ne permet aujourd’hui de prendre en charge leur état nutritionnel.
Les enfants paient également un lourd tribut. Les admissions pour malnutrition au centre de santé soutenu par MSF à Adré ont augmenté de 30 % par rapport à la même période en 2025. Les réserves d’aliments thérapeutiques s’épuisent progressivement, obligeant les organisations humanitaires à réduire les quantités distribuées afin de préserver les stocks disponibles.
La pression est d’autant plus forte que plus de 930 000 réfugiés soudanais ont trouvé refuge au Tchad depuis le début du conflit, principalement dans des régions déjà marquées par la pauvreté. Les communautés hôtes, elles aussi confrontées à la flambée des prix des produits alimentaires, peinent à subvenir à leurs propres besoins.
Dans les camps de relocalisation, les conditions de vie restent extrêmement précaires. À Metché, où vivent déjà plus de 43 000 personnes, chaque habitant ne dispose que de 8 litres d’eau par jour, bien en dessous des 20 litres recommandés en situation d’urgence. Cette pénurie favorise la consommation d’eau insalubre et explique la forte augmentation des cas de diarrhée observée cette année.
À l’approche du pic de la saison des pluies, MSF craint une nouvelle crise sanitaire, semblable à l’épidémie de choléra qui avait fait près de 3 000 cas et 167 décès en 2025. L’organisation appelle les bailleurs de fonds à financer d’urgence la réponse humanitaire au Tchad et demande aux autorités tchadiennes ainsi qu’au HCR de suspendre les nouvelles relocalisations tant que les camps ne disposent pas de services suffisants en alimentation, eau potable, santé et assainissement.
Pour MSF, derrière les chiffres se trouvent des milliers de familles qui, après avoir échappé à la guerre, luttent désormais chaque jour pour survivre.
Taha Gamaradine Taha
