GRÂCE PRÉSIDENTIELLE… Masra de retour : L’exigence du quota 50/50 est-il réaliste ?

Libéré de prison l’opposant Succès Masra se dit disposé à collaborer avec le gouvernement. Malgré l’annonce du Chef de l’Etat pour renouveler sa confiance à l’actuel premier ministre, le retour de Succès Masra continue de secouer l’échiquier politique tchadien. Tchadmédia s’est approché de l’analyste Moustapha Abakar Malloumi pour décrypter cette situation politique. 

TCHADMEDIA : à peine sorti de prison et à la surprise générale, Succès Masra a remercié le chef de l’État en se disant “prêt dès demain”  à participer à la construction du pays. Pensez-vous qu’il ait reçu une promesse en ce sens ?

MOUSTAPHA ABAKAR MALLOUMI : rien n’est exclu. Mais au-delà d’une éventuelle promesse, Masra a fait le choix intelligent d’une rupture avec sa posture intransigeante passée, c’est-à-dire, la politique de la chaise vide qu’il avait adoptée lors des dernières élections législatives, provinciales et locales.

TM : oui, des élections qui se sont déroulées le 29 décembre 2024. Un “choix intelligent”, dites-vous ?

MAM : tout à fait, car il sort d’une situation extrêmement éprouvante tant sur le plan personnel que pour son parti. Il semble avoir parfaitement compris que la priorité absolue est de refaire la santé et le moral de sa formation politique. Pour y parvenir, il n’y avait pas d’autre option que de tendre la main et de se montrer disponible pour réintégrer la gestion des affaires publiques.

TM : pourtant, le chef de l’État a réagi hier sur sa page Facebook en réaffirmant sa confiance au Premier ministre actuel. Faut-il y voir un refus de saisir la main tendue par Masra ?

MAM : la réaction du Maréchal ne visait pas nécessairement l’appel de Masra. Toutefois, elle est arrivée à point nommé pour répondre au climat d’incertitude qui s’emparait depuis quelques semaines des membres du gouvernement et de l’ensemble de l’administration publique. Des rumeurs de remaniement voire d’un changement à la Primature circulaient bien avant la libération de Masra et des autres leaders politiques. La déclaration du Maréchal cherchait donc avant tout à dissiper le doute et à inviter l’équipe gouvernementale à poursuivre sereinement son travail.

TM : d’un côté, Masra propose au président de bâtir le pays ensemble mais de l’autre, il exige un quota paritaire du genre “50/50” entre musulmans et chrétiens au sein du gouvernement. Ne cherche-t-il pas à exercer un pouvoir qu’il ne détient pas ?

MAM : Masra s’adresse ici avant tout à sa base. Il faut se rappeler que c’est sur cette ligne de conduite qu’il a bâti sa crédibilité dès la création des Transformateurs. Ce leitmotiv selon lequel le pays appartient à tous ses citoyens, que son électorat est marginalisé et qu’il faut se battre pour son inclusion dans la gestion de l’État. En formulant cette exigence, il cherche simplement à rassurer ses militants. Il leur montre que malgré ce virage stratégique et sa disposition à collaborer avec l’adversaire d’hier, l’objectif fondamental demeure inchangé. Lutter pour leur intégration dans les instances décisionnelles. Donc en politicien averti, il cherche à  éviter d’être en porte-à-faux avec sa base qui autrement ne va pas comprendre cette compromission. 

TM : que pensez-vous de cette grâce présidentielle. ?

MAM : c’est un geste politique très salutaire de la part du Maréchal. Il le positionne aux yeux de l’opinion tant nationale qu’internationale comme le véritable garant de la stabilité et l’homme de la situation.

TM : merci pour l’éclairage.

MAM : C’est un plaisir

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